Le temps des engagements ?

Il y a dix jours, j’ai posté un texte intitulé : Je doute donc j’agis.
J’aurais pu le poster ici sur ce blog de communicant.
Ou encore le proposer à Philosophie Magazine.
En fait, il s’agissait de la dernière news du groupe Kroissance, positionné sur le développement des entreprises, sur le versant business comme sur le versant talents.
Oui, oui, on y parle de business development et de recrutement IT.
La philosophie n’a pas le monopole du pas de côté.
Quelques jours après, j’ai découvert avec plaisir la une du magazine Lire : L’Éloge du doute.

Quand nos antennes fonctionnent à l’insu de notre plein gré…
Le magazine était placé pour l’occasion juste à côté de la caisse du libraire. L’envie vraie de faire passer le message visiblement.  Apologie du doute dans un temps où la tendance serait au durcissement des convictions et à l’intransigeance des positions. 

Ouf, cette semaine dans le désormais habituel bal des couvertures nauséabondes qui s’affichent en kiosques : le 100ème numéro de La Croix Hebdo nous évite les mains sales à défaut de nous protéger de la nausée. Pour ce numéro spécial, le «tout nouveau » La Croix Hebdo lance, à l’aube de la campagne présidentielle, un « appel pour un débat public libre et respectueux » déjà signé par 100 personnalités. 

Cette parenthèse posivitude vous était offerte par Robinson&Co

Bref !
Oui, le doute féconde l’action.
Reste à savoir quel niveau d’engagement suppose l’action.

Cette fois, c’est ce mot « engagement » qui m’interpelle…
Les mots de 2021 ne s’utilisent pas forcément de la même manière que ceux de ma prime jeunesse.
Le marketing digital, par exemple, parle d’engagement sur les réseaux sociaux pour évoquer l’interaction avec votre communauté en réponse à vos post. L’internaute s’est engagé parce qu’il a liké, commenté, partagé. Pour un « j’adore ! », un émoji rigolo ou un gif bien senti, vous êtes… engagé !
Ce n’est pas juste du jargon de marketing digital.
Cette surenchère dans la dépréciation des mots a commencé il y a bien longtemps. Aujourd’hui, cela ne choque plus personne d’entendre quelqu’un qualifier d’« horrible » les embouteillages sur l’autoroute. Pas évident après de qualifier d’autres niveaux d’horreurs. Des situations quotidiennes « terribles », «scandaleuses », « hallucinantes » ont trouvé place dans nos sociétés à fleur de peau. 
Vraiment « atroce » cette inflation subite sur les tarifs du gaz, isn’it ?

Bref ! (bis)
Engagez-vous, rengagez-vous qu’y disaient.
Sûr que les moins de 20 ans ne peuvent pas comprendre la formule. Une génération déjà que la « coupe incorpo » n’est plus de mise autrement que comme coiffure quasi réglementaire dans les cités. Oui, cela mérite d’être souligné quoique le cheveu long commence à y refaire aussi surface.

Dans l’armée française, il y avait alors deux types d’individus : les appelés et les engagés. 
Les premiers répondaient à un devoir, les seconds à une volonté personnelle.
Les seconds engageaient leur vie. Dans absolument tous les sens du terme !
On est loin de nos pouces levés et de nos émojis tout mignons.
Du petit clic au grand couic, pas du tout du tout le même niveau d’engagement.

Si l’engagement oblige, il n’est donc pas obligatoire.
Car il y a deux acceptions de l’engagement qui ne sont pas sans renvoyer au fameux ouvrage de Bergson : Les deux sources de la morale et de la religion (je place ici cette couverture car c’est cette édition qui a marqué mes jeune années).

Une force descendante, contraignante, du haut vers le bas : celle que nous impose la société dans ses nécessaires lois morales régulatrices qui visent avant tout la même « paix sociale » qu’étaient censés permettre les 10 commandements d’un certain Moïse.
Et puis, cette force ascendante, du bas vers le haut, qui nous aspire et que nous inspirent les saints et les héros. Des modèles de vertu et de comportement vers lesquels librement nous nous… engageons. 

Oui, s’engager c’est d’abord céder à un appel intérieur.
Impératif catégorique, conscience morale, sens éthique… 
Nous n’allons pas ouvrir des cahiers philo sur ce blog mais, une fois que l’on a constaté les glissements sémantiques et autres détournements de concept, l’on peut quand même retrouver en cherchant bien, en lisant bien (et beaucoup !), les mots dans leur sens originel. Et si l’engagement, celui qui nous pousse vers des actes plus engageants qu’un clic sur un post troublant, s’inscrivait paradoxalement dans une tendance sociétale de fond ?

Revenons à la communication…
L’on peut citer par exemple l’initiative de l’association COM-ENT qui invite les professionnels du secteur à s’engager sur un « Serment des communicants et communicantes responsables pour une communication agissante et utile ». Cité dans le Stratégies du 23 septembre (N°2098), il s’agit d’inviter le signataire de la charte ni plus ni moins qu’à prêter serment. Parce que les « communicantes et les communicants contribuent à dessiner la société de demain », l’ambition est de les engager autour d’un « mouvement qui, plus que jamais, joint le geste et la parole. » Les items de ce serment inspiré de celui d’Hippocrate ? Efficience et sobriété, pédagogie et clarté, conseil et alerte, sincérité et éthique, humilité (on en parle aussi dans notre post sur le doute !), durabilité et cohérence, inclusion.

Lorsque j’étais encore Directeur de publication du magazine Ressources, j’aimais dire que notre média se positionnait comme un titre « engagé mais pas militant ». La nuance était importante à mes yeux quant à la ligne éditoriale. Elle signifiait que j’étais attaché à une certaine éthique du journalisme d’investigation et de solution ainsi qu’à une vision dépolitisée de ce que l’on veut bien qualifier de Transition ou Développement durable. Cette revendication, qui ne semble pas si évidente pour tout le monde, qu’il est possible d’être engagé sans rallier une idéologie.

Il existe enfin une autre acception de l’engagement qui mérite ici citation.
Celle qui consiste à entrer pleinement dans l’action, sans retenue. Sans demi-teinte.

Dans le monde du sport, on va parler d’un athlète ou d’une équipe très engagée.
Condition peut-être non suffisante mais nécessaire pour emporter la partie…
L’engagement en 2021, c’est peut-être non seulement arrêter de se payer de mots mais s’engager sur un «projet d’entreprise » en engageant de vrais moyens, voire en prenant des risques.
Le métier que je pratique me permet en tout cas de rencontrer des chefs d’entreprises particulièrement engagés. Les côtoyer est une invitation permanente à l’humilité car je veux parler ici de ces entrepreneurs dont les fonds propres sont loin d’être confortables et qui engagent absolument tout dans leur projet d’entreprise, quasi parfois leur chemise. 
Toujours encourageant bien sûr de voir de grands groupes comme Bouygues Immobilier ou la SNCF repenser leur proposition de valeur autour d’une nouvelle plateforme de marque. Mais cet engagement à formaliser ou à reformuler son propre discours de marque mérite encore plus de respect quand il est à l’initiative d’entreprises qui n’ont pas le même niveau de stabilité.

Mention spéciale en tout cas à cet entrepreneur engagé sur la digitalisation des entreprises plutôt sur la face opérationnelle que sur le versant anticipation. Comme le rappelait l’économiste Patrick Artus (Alternatives Économiques, mars 2019), Directeur de la recherche et des études de Natixis : « (…) Le problème de notre pays n’est pas tellement la productions de nouvelles technologies, c’est leur utilisation par les entreprises. (…) Si les entreprises n’investissent pas dans ce domaine, on pourra avoir toutes les start-up qu’on voudra, ça ne servira à rien pour l’économie française dans son ensemble. Il y a un conservatisme terrible des patrons français, qui perpétuent des techniques productives anciennes. » Voilà pourquoi probablement le fondateur de Safenergy, engagé depuis longtemps sur la digitalisation côté terrain, a validé la traduction baseline de la plateforme de marque dont il nous a confié la formalisation : Field Data are the Data.

En 2021, seulement 1 PME française sur 10 peut effectivement considérer avoir digitalisé son activité. L’industrie 4.0 se nourrit pour l’heure de grands rêves futuristes…
Reste qu’entre le crayon/papier à papa et les robots à cinq pattes des futurs enfants des millennials, il est une étape intermédiaire dont on ne peut faire l’économie : faciliter le travail de cet « opérateur digital » que sera bientôt le collaborateur engagé sur le terrain. Qu’il soit sur une plateforme pétrolière, à l’intérieur d’une éolienne ou bien en train de checker les centaines de racks d’un centre serveur. 
Pour le créateur de Safenergy, nul doute qu’être engagé signifie autant un investissement personnel sans réserve, total, mais aussi une connexion au terrain et aux principes de réalité loin des conceptualisations stériles.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ?
A moins d’un an des présidentielles françaises, difficile de ne pas évoquer la formule éculée. Sans la développer non plus tant ce blog est bien peu concerné par la politique. Je ne côtoie pour l’essentiel que des individus engagés dans le monde de l’entreprise : dirigeants, collaborateurs, consultants… Des experts passionnés si peu concernés par la logique des promesses. Leurs engagements à eux les lient, a minima avec leur conscience (professionnelle mais pas que), et de façon certaine avec du « blood, toil, tears and sweat ».

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