Le monde d’après sera plateforme ou ne sera pas ?

Restons groupés !

Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’avant ? Cette grande question existentielle sera probablement l’un des grands sujets de débat autour de nos tous premiers apéros (bien mérités) en terrasse.

Une chose est certaine : le monde d’après aime beaucoup les plateformes. S’agit-il là d’une conséquence du confinement strict et s’agit-il par ailleurs d’une tendance de fond ? That’s the question ! Pour ma part, je répondrais par l’affirmative aux deux questions dès l’instant où je considère les enjeux et les projets des différentes plateformes qui m’ont sollicité soit en tant que nouvel adhérent soit pour des prestations de communicant.

Rappelons juste rapidement la différence entre un site internet et une plateforme digitale. D’un point de vue technique, le premier peut être défini comme un ensemble de fichiers hébergés sur un serveur et pouvant être consultés via internet. Le Conseil national du numérique définit le second comme « un service occupant une fonction d’intermédiaire dans l’accès aux informations, contenus, services ou biens édités ou fournis par des tiers. Au-delà de sa seule interface technique, elle organise et hiérarchise les contenus en vue de leur présentation et leur mise en relation aux utilisateurs finaux. »

Bref, une plateforme digitale offre une intermédiation entre de nombreux utilisateurs et propose de nouveaux services. La différence avec le site web réside dans sa dimension participative : pour qu’une plateforme soit viable, elle doit animer un écosystème large et se mettre au service des échanges qui se font entre participants.

Et oui, force est de constater, à la faveur de la coronacrise, non seulement le développement soudain des plateformes digitales, mais également une certaine cohérence avec les enjeux économiques et sociétaux post-confinement.

Pour n’envisager que ma seule expérience personnelle, je sors d’une mission communication pour la Chambre de Commerce et d’Industrie Nice Côte d’Azur. Une plateforme BtoB est en cours de mise en ligne dès le début de l’été. Au menu pour votre serviteur : baseline, manifeste et note d’intention. Si la dimension confidentielle de cette mission ne m’autorise pas à en dire davantage pour le moment, les valeurs qui sous-tendent le projet sont explicites : entraide, engagement, local, humain.

Dans le même temps, je me suis vu sollicité pour rejoindre la toute nouvelle plateforme Cojober dédiée aux freelances premium… Entièrement gratuit pour les freelances, le concept donne une visibilité immédiate à ces derniers et l’accès direct à des clients à forte valeur ajoutée. Dans le contexte actuel peu propice à l’embauche de talents, l’enjeu est clair pour les entreprises : optimiser rapidement et efficacement la sous-traitance de leurs missions les plus pointues.

Toujours dans la même période, la web agency sophipolitaine Figures Libres, conceptrice de l’éditeur de sites iPaoo, mettait en ligne la plateforme Mes bons commerces au projet non moins explicite : « Ensemble faisons rouler l’économie d’ici ». Et de préciser dans le header : « Parce que notre voisin a du talent et qu’il est temps de se serrer les coudes. » Ou l’acuité des enjeux de proximité à la lumière du Covid-19

Sur un autre secteur, la crise sanitaire « a aussi consacré le succès des plateformes de ventes de produits frais en lignes à destination des citadins des grandes agglomérations françaises. » (Alternatives Économiques, Juin 2020). Résultat par exemple pour La Ruche qui dit Oui : plus de 300 nouveaux producteurs intégrant le réseau sur plus de 5000 affiliés, et 37000 clients supplémentaires entre le début du déconfinement et fin avril. En ce qui concerne mon propre foyer, notre panier moyen sur la Plateforme niçoise 21 Paysans a littéralement explosé, tout autant que sa fréquence.

Communautés d’intérêts, communautés d’action…
La crise a bel et bien fait émerger ce besoin de se serrer plus que jamais les coudes. De se serrer, de se resserrer, de se ressouder. De s’agréger pour être plus fort dans un monde plus incertain que jamais. Au sein même de l’Assemblée Nationale, sans parler de plateforme, la tendance est également à l’agrégation autour de valeurs réellement partagées et non plus seulement souscrites aux seules fins d’ambitions personnelles. Dans l’hémicycle même, la fragmentation de la majorité en petits groupes politiques est assez symptomatique de cette tendance au besoin d’une communauté d’adhésion.

Mais restons sur les plateformes.
Et gardons bien en tête qu’elles ne s’organisent pas forcément autour de valeurs sinon éthiques du moins en phase avec cette dynamique sociale, au sortir de deux mois de confinement, qui ne veut pas entendre d’un « retour à l’anormal ».
C’est le cas par exemple de la plateforme « Ensemble pour l’emploi » lancée par la Région Ide-de-France. Une coquille vide de redirection vers les sites StaffMe et Leboncoin, selon l’âge de la personne en recherche d’emploi. Une initiative 100% opportuniste qui va dans le sens d’une ubérisation des jobs étudiants (La Région Ile-de-France ubérise la recherche d’emplois, Alternative Economiques, 27 mai 2020). Durant le confinement, aucun magicien ni aucune fée ne sont venus gentiment se pencher sur la nature humaine.

Certes, rien de révolutionnaire dans l’émergence des plateformes digitales. Tout cela reste à l’intérieur du Web 2.0. Mais l’éclosion simultanée de nombreuses plateformes durant ce confinement historique, connectées peu ou prou aux nouveaux enjeux du monde d’après, ne peut laisser indifférent.

Entre autres vertus, cette coronacrise aura aussi permis de rappeler à quel point c’est à l’aune de leur rentabilité réelle et non à celle de leur capacité de lever des fonds qu’il importe désormais d’évaluer les start-ups. Il serait grand temps pour les investisseurs de se remémorer le choc du dégonflement de la bulle internet du début des années 2000. C’est peu dire 20 ans après qu’il y a eu et qu’il y aura encore de la casse.
Et ce n’est pas se comporter en optimiste béat que d’affirmer que le monde d’après sera celui des plateformes connectées non seulement au réel, mais également aux valeurs dites de résilience et/ou de transition telles que le local, l’humain, le partage, la coopération, l’environnement…

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